Dans le cadre de mes posts culturels, analysons
(c'est moi qui analyse, vous, vous lisez avec la bouche grande ouverte, babas d'admiration et vous vous taisez. À la rigueur, vous pouvez laisser un commentaire respectueux) la chanson «
Comme un garçon» popularisée par Sylvie Vartan.
Pour ceux qui ne la connaissent pas, vous pouvez en voir les paroles dans le site
paroles.net (taper le titre de la chanson dans l'espace prévu). Non que ce ne soit nécessaire, puisque je vous ai recopié les paroles, mais c'est juste au cas où vous ne me croiriez pas et que vous imaginez que j'aurais modifié quelques vers pour les rendre plus ridicules.
Si vous désirez la fredonner tout en lisant, prenez garde de monter votre ton de trois octaves. Si vous êtes un gars, ce sera 6 octaves.
Allons-y :
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Comme un garçon j'ai les cheveux longsComme un garçon je porte un blousonUn médaillon, un gros ceinturon, comme un garçon♪♫♫
Nous avons compris qu'ici on définit la masculinité avec des critières discutables Les cheveux longs laissent songeurs. Mais bon, nous étions en 1968, ne l'oublions pas. Et en France.
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Comme un garçon moi je suis têtue
Et bien souvent moi je distribue
Des corrections faut faire attention
Comme un garçon♪♫♫
Elle s'affiche comme le ti-boss des bécosses... Jusqu'ici, tout est cohérent.
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Pourtant je ne suis qu'une fille♪♫♫
Notez déjà le «
que» réducteur. Le ton est donné.«
Le Bon Usage» de Grevisse définit cette locution adverbiale comme servant à marquer fortement le peu d'importance ou de valeur, l'insignifiance de l'être ou de la chose dont il s'agit. Conclusion : une fille, c'est moins qu'un gars. Éloquent.
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Et quand je suis dans tes brasJe n'suis qu'une petite fille♪♫♫
Si on comprend bien, quand il est là, elle n'est qu'une petite fille (donc vulnérable, dépendante etc).
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Perdue, quand tu n'es plus là♪♫♫
Et quand il n'est plus là, elle est perdue (donc hébétée, bonne à rien etc)...
Quand donc trouve-elle le temps de distribuer des corrections?
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Comme un garçon moi j'ai ma moto♪♫♫ La vente de moto serait-elle interdite aux filles???
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Comme un garçon je fais du rodéo♪♫♫ Bien sûr, les garçons font tous du rodéo...
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C'est la terreur à 200 à l'heureComme un garçonComme un garçon je n'ai peur de rien♪♫♫
Si elle n'a peur de rien, pourquoi se sent-elle perdue, à la fin de chaque refrain???
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Comme un garçon moi j'ai des copainsEt dans la bande c'est moi qui commandeComme un garçon♪♫♫
Si c'est elle qui commande dans la bande, elle devrait commander à son tchum aussi...
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Pourtant je ne suis qu'une filleEt quand je suis avec toiJe n'suis qu'une petite filleTu fais ce que tu veux de moi♪♫♫
On voit l'effet infantilisant que provoque l'«amour». Perte d'autonomie, facultés affaiblies, complexe d'infériorité...
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Comme un garçon j'ai les cheveux longComme un garçon je porte un blousonUn médaillon, un gros ceinturon, comme un garçonComme un garçon toi tu n'est pas très attentionnéT'es décontracté, mais avec toiJe ne suis plus jamais, comme un garçon♪♫♫
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Je suis une petite filleTu fais ce que tu veux de moiJe suis une toute petite filleEt c'est beaucoup mieux comme ça♪♫♫
Beaucoup mieux comme ça? Pour qui? Sûrement pas pour elle, puisqu'il n'est pas attentionné.
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Voi-là♪♫♫
Oui, «Voi-là»! C'était la notion toute française du dévergondage féminin.
En résumé, elle est «comme un garçon» mais reste tout de même féminine, du moins selon la notion toute française de la féminité : soumise, dépendante, infantile. Peu importe les contradictions provoquées dans la chanson.
Oui, je sais, cette chanson date de 1968. Mais l'esprit a-t-il vraiment changé en France??? (C'est un débat que je lance...)
Remarquons que cette chanson a été écrite par un homme (J.J. Debout et R. Dumas). En fait, deux. (Dire qu'ils s'y sont mis à deux pour composer ça!) Bien sûr, elle a été chantée par une femme. C'était probablement la petite amie d'un des compositeurs, et celui-ci faisait «♪♫♫ce que tu veux de moi. Voi-là♪♫♫»!!!