samedi 3 septembre 2005

Comme un garçon...

Dans le cadre de mes posts culturels, analysons (c'est moi qui analyse, vous, vous lisez avec la bouche grande ouverte, babas d'admiration et vous vous taisez. À la rigueur, vous pouvez laisser un commentaire respectueux) la chanson «Comme un garçon» popularisée par Sylvie Vartan.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, vous pouvez en voir les paroles dans le site paroles.net (taper le titre de la chanson dans l'espace prévu). Non que ce ne soit nécessaire, puisque je vous ai recopié les paroles, mais c'est juste au cas où vous ne me croiriez pas et que vous imaginez que j'aurais modifié quelques vers pour les rendre plus ridicules.

Si vous désirez la fredonner tout en lisant, prenez garde de monter votre ton de trois octaves. Si vous êtes un gars, ce sera 6 octaves.

Allons-y :

♪♫♫Comme un garçon j'ai les cheveux longs
Comme un garçon je porte un blouson
Un médaillon, un gros ceinturon, comme un garçon♪♫♫
Nous avons compris qu'ici on définit la masculinité avec des critières discutables Les cheveux longs laissent songeurs. Mais bon, nous étions en 1968, ne l'oublions pas. Et en France.

♪♫♫Comme un garçon moi je suis têtue
Et bien souvent moi je distribue
Des corrections faut faire attention
Comme un garçon♪♫♫
Elle s'affiche comme le ti-boss des bécosses... Jusqu'ici, tout est cohérent.

♪♫♫Pourtant je ne suis qu'une fille♪♫♫
Notez déjà le «que» réducteur. Le ton est donné.«Le Bon Usage» de Grevisse définit cette locution adverbiale comme servant à marquer fortement le peu d'importance ou de valeur, l'insignifiance de l'être ou de la chose dont il s'agit. Conclusion : une fille, c'est moins qu'un gars. Éloquent.

♪♫♫Et quand je suis dans tes bras
Je n'suis qu'une petite fille♪♫♫
Si on comprend bien, quand il est là, elle n'est qu'une petite fille (donc vulnérable, dépendante etc).

♪♫♫Perdue, quand tu n'es plus là♪♫♫
Et quand il n'est plus là, elle est perdue (donc hébétée, bonne à rien etc)...
Quand donc trouve-elle le temps de distribuer des corrections?

♪♫♫Comme un garçon moi j'ai ma moto♪♫♫ La vente de moto serait-elle interdite aux filles???
♪♫♫Comme un garçon je fais du rodéo♪♫♫ Bien sûr, les garçons font tous du rodéo...
♪♫♫C'est la terreur à 200 à l'heure
Comme un garçon
Comme un garçon je n'ai peur de rien♪♫♫
Si elle n'a peur de rien, pourquoi se sent-elle perdue, à la fin de chaque refrain???

♪♫♫Comme un garçon moi j'ai des copains
Et dans la bande c'est moi qui commande
Comme un garçon♪♫♫
Si c'est elle qui commande dans la bande, elle devrait commander à son tchum aussi...

♪♫♫Pourtant je ne suis qu'une fille
Et quand je suis avec toi
Je n'suis qu'une petite fille
Tu fais ce que tu veux de moi♪♫♫
On voit l'effet infantilisant que provoque l'«amour». Perte d'autonomie, facultés affaiblies, complexe d'infériorité...

♪♫♫Comme un garçon j'ai les cheveux long
Comme un garçon je porte un blouson
Un médaillon, un gros ceinturon, comme un garçon
Comme un garçon toi tu n'est pas très attentionné
T'es décontracté, mais avec toi
Je ne suis plus jamais, comme un garçon♪♫♫

♪♫♫Je suis une petite fille
Tu fais ce que tu veux de moi
Je suis une toute petite fille
Et c'est beaucoup mieux comme ça♪♫♫
Beaucoup mieux comme ça? Pour qui? Sûrement pas pour elle, puisqu'il n'est pas attentionné.

♪♫♫Voi-là♪♫♫

Oui, «Voi-là»! C'était la notion toute française du dévergondage féminin.

En résumé, elle est «comme un garçon» mais reste tout de même féminine, du moins selon la notion toute française de la féminité : soumise, dépendante, infantile. Peu importe les contradictions provoquées dans la chanson.

Oui, je sais, cette chanson date de 1968. Mais l'esprit a-t-il vraiment changé en France??? (C'est un débat que je lance...)

Remarquons que cette chanson a été écrite par un homme (J.J. Debout et R. Dumas). En fait, deux. (Dire qu'ils s'y sont mis à deux pour composer ça!) Bien sûr, elle a été chantée par une femme. C'était probablement la petite amie d'un des compositeurs, et celui-ci faisait «♪♫♫ce que tu veux de moi. Voi-là♪♫♫»!!!

17 commentaires:

Beo a dit...

J'ai jamais aimé les paroles de cette chanson et bon en 68; j'avais quand même juste 11 ans.... mais je vivais au Québec ce qui explique tout!

Cette chanson repasse en boucle sur les radios ici. Celles que j'écoutes pas. Ton analyse Coyote est plus que juste. La dérision apporte un peu de crébilité à ce texte stéréotypé.

Waalka a dit...

Dire que j'aimais tellement cette chanson-là, faut croire que je l'avais jamais lu avec une analyse aussi pointue! ;) Mais tu as raison, c'est sexiste au boutte dans le fond! ;)

Et pour ton autre article, j'adore Rimouski. Et en passant, Rimouski est un mot amérindien signifiant « terre de l’orignal »...Hey oui, pas d'origine slave! :D

coyote des neiges a dit...

L'esprit critique chez les pré-ados, c'est pas donné à tout le monde (sauf à Béo, hahahaha!!!)

Merci de la précision pour Rimouski! Je savais bien que c'était amérindien mais je ne me souvenais plus de la signification exacte... Et j'étais trop lâche pour chercher sur google...

julie70 a dit...

un chanson ultra macho, mais bien écrit

Beo a dit...

Eh oui je suis précoce en tout. ;-D

Pour ce qui est de Rimouski... personne a cru aux origines slaves j'espère???

Dan a dit...

Respect.

Shantti a dit...

mais qu'est ce donc qu'une moppe?
ben oui je suis française..en plus d'etre soumise et crétine comme le chantait la vartan je ne sais pas ce qu'est une moppe...
au secours;-)
Ceci dit je sors de chez moi quasi autant que toi tu vois...je suis p-e récupérable;-)

Shantti a dit...
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blogue.
Beo a dit...

une moppe c'est une serpillière shantti

coyote des neiges a dit...

@ Béo : Bin oui, heulsavais!!!

@ Dan : De kossé???

@ Shanti : Alors la moppe, c'est, paraît-il, une serpillère. Un motton de poils absorbants au bout d'un manche pour ramasser les gros dégats sans avoir besoin de se pencher.
On peut être soumise et se tenir debout.
Au fait Vartan ne chantait pas la soumission et la crétinité, mais la féminité. Je crois. Selon le principe de la serpillère.

coyote des neiges a dit...

@ Béo : Eeeeeh, c'est à moi qu'elle posait la question!!! T'as pas le droit de poster 30 secondes avant moi une réponse toute simple alors que je m'échine depuis 3 minutes sur la mienne!

Beo a dit...

Oups pardon... je me confonds en excuses ;-D

Shantti a dit...

ah ben voilà! maintenant je vais pouvoir faire ma crâneuse!diable, je constate que le mot serpillère a une foule impressionante de sinonymes..je me demande bien pourquoi..?.
Bon en tout cas je connais en belge aussi...purée je me polyglotise à vue d'oeil!:-)
Merci bien

Anonyme a dit...

La moppe se dit aussi en français de France, dans certaines régions, comme la charente ou le nord par exemple.

Anonyme a dit...

Salut tout le monde....
Juste comme ça... allez faire un tour sur www.malouonline.com et écoutez la version 2006 de "comme un garçon"... Et n'hésitez pas à dire ce que vous en pensez...
Merci, à bientôt.
Toto

Anonyme a dit...

Ce texte est féministe et ironique. Il faut le voir d'un autre point de vue! La chanson dénonce le machisme.

coyote des neiges a dit...

Hum... chanté par une jeunette de 20 ans, à l'époque où c'est sorti (dans les années 60), et en France, permets-moi de douter du sens revendicateur de cette chanson!

C'est dans la veine des chansons de l'époque qui valorisaient la femme-enfant, la féminité (comme étant synonyme de vulnérabilité et de soumission)...

Quand on écoute toutes les chansons de Françoises Hardy, du moins à cette époque, on ne parie pas trop sur ses convictions féministes!!!