Le bonhomme Carnaval est partout. On se demande s’il n’est pas, comme le Père Noël, constitué de plusieurs gugusses costumés qui se promènent dans la ville, qui font des interviews à la télé, qui font une apparition à toutes les activités, et qui viennent emmerder les gens qui ont des congrès dans les hôtels de la ville.
Le bonhomme Carnaval est laid. C’est un espèce de croisement entre le bonhomme Michelin et le bonhomme Pillsbury, qui aurait attrapé la vérole. Regardez bien sa face de proche. Épeurant.
On voit son effigie partout. Elle est d’ailleurs en vente pour 10 $ un peu partout en ville : «Avez-vous votre effigie du Bonhomme?» vous accoste-t-on sans cesse quand vous prenez une marche dans la rue.
L’effigie du Bonhomme est aussi projetée un peu partout, la nuit (un peu comme celle de Batman), autant sur les murailles vénérables des remparts de la vieille ville que sur les buildings. Vous dormiriez bien, vous, avec la projection de cette horrible face vérolée dans vos fenêtres de chambre???

Le carnaval est le temps du Vomi. En tous cas, c’était ainsi dans le temps de ma jeunesse. Mes souvenirs carnavalesques se résument à une suite brumeuse de scènes plus ou moins odoriférantes où des gens semblent se bousculer pour venir vomir à mes pieds. Moi y compris.
Sainte-Foy est désertique. Probablement que tout le monde est rendu dans le Vieux-Québec pour vomir. Nous tentons de prendre un autobus de la ville, mais au bout de 20 minutes d’attente à –15ºC, nous retournons chercher l’auto. Ce sera la galère pour stationner, mais nous sommes rusés. Nous trouvons un stationnement intérieur pour la modique somme de 7 $, ce qui nous permet d’économiser 3 $ sur le prix de deux billets d’autobus aller-retour (2,50 $ chaque billet, donc aller-retour pour 2 = 10 $).
Ce stationnement est situé assez loin de la vieille ville pour éviter que les gens ne viennent brûler notre voiture (réflexe de Parisienne, excusez-la) ou bien vomir dessus. Il ne reste plus qu’à remonter la Grande Allée vers la vieille ville.
Un petit coup de réduit (eau d’érable réduite avec de l’alcool) vous est offert à la terrasse de tous les bistrots de la Grande Allée (et Dieu sait qu’il y en a, des bistrots!!!). Pour les autres grandes artères, j’imagine que ce doit être pareil, je ne sais pas, je ne les ai pas toutes faites.
«Aux terrasses, dites-vous? Mais il fait –15ºC!!!» Mais oui, ce sont d’ailleurs des terrasses de glace, avec des bars de glace et des comptoirs de glace… Ya que les serveurs qui sont chauds.


Nous commençons à entendre des clameurs au loin. Nous approchons du centre névralgique. On «câlle l’orignal» (beuglements simulant l'orignal). Ce sont des trompettes rouges, dans lesquelles soufflent des joyeux carnavaleux en ceinture fléchées, autres symboles du carnaval de Québec. Certaines de ces trompettes sont fausses : un bouchon permet de les remplir de réduit ou de caribou.
Il est trop tôt dans la soirée (et dans la saison du carnaval dont c’est la première journée) pour pouvoir suivre la piste de vomi qui mène immanquablement aux principales activités. Nous nous guiderons donc au son. Nous finissons par arriver au bon endroit!
Le spectacle d’ouverture est grandiose. C’est un spectacle en plein air. Oui, il fait toujours –15ºC. Le violonneux est en T-shirt, mais il s’énerve tellement sur la scène qu’il ne doit pas avoir froid. Robert Charlebois est l’invité d’honneur. Il vient, en gros parka, chanter quelques-uns de ses classiques, comme «Si j’avais les ailes d’un ange, j’partirais pour Québec». Je ne sais pas si nous avons tous les ailes d’un ange, mais nous sommes à Québec, ça tombe bien!
L’avantage d’un spectacle en plein air à –15ºC, c’est que tout le monde embarque. Même si vous êtes le pire des introvertis, que vous avez normalement la dégaine timide et que l’idée même de danser ou de s’exprimer avec votre corps vous fait rentrer sous terre (ou sous neige), vos pieds marquent la cadence, vos bras s’agitent, vous swignez la bacaisse dans l’fond d’la boîte à bois!!! Vous applaudissez à tout rompre à la fin de chaque morceau de musique (et même avant la fin). C’est sûr qu’applaudir en mitaines, ça fait moins de bruit qu’à mains nues, mais l’enthousiasme compense.
La raison??? Essayez de rester immobile pendant 2 heures par –15ºC!
Loin de moi d’insinuer que le spectacle ne le valait pas. Au contraire, le groupe était très bon, malgré le fait qu’il ait été obligé de chanter la chanson du Bonhomme Carnaval (la honte!) ...
20060128_16 spectacle d'ouverture
Vidéo envoyée par coyotedesneiges
... et qu’il ait celui-ci dans les pattes pendant une bonne partie du spectacle. Bref, si le spectacle n’en valait pas la peine, tout le monde aurait crissé son camp!
Nous sommes en arrière complètement, sur une espèce de butte de neige molle. Des gens passent devant nous en titubant. On ne peut pas trop savoir si c’est à cause de l’alcool ou à cause de la neige molle.
Malgré le swignage de bacaisse dans l’fond d’la boîte à bois, je commence à geler des pieds. Nous décidons de partir. Non sans un petit arrêt aux kiosques (qui ressemblent étrangement aux cabanes des marchés de Noël en France) qui vendent, outre l’inévitable réduit ou caribou, des petits cornets de sucre d’érable et des petits bâtons de tire d’érable.
Retour vers notre bagnole, qui nous attend sagement, bien au chaud, dans son stationnement intérieur. Nous payons notre 7 $ et nous rentrons, avant que la foule ne se mette à vomir en cœur…
Quelle belle soirée, et quels souvenirs impérissables pour Chéri (un Français), qui voulait à tout prix voir c’est quoi le carnaval de Québec!











