Mon 6e roman vient de sortir, aux éditions ÉLP!
Transformons la banalité en aventure extraordinaire! Vivons des émotions fortes en étendant le linge sur la corde et battons-nous en duel avec nos balais à caca!
Mon 6e roman vient de sortir, aux éditions ÉLP!
Cette année, j'ai décidé de me donner un coup de pied au derrière et de sortir pour le nouvel an. Il y avait une fête au village, à 21h30, heure à laquelle je fais habituellement dodo. Mais une fois n'est pas de coutume, je prends mon courage à deux mains, ainsi que le volant de mon char (car j'habite tout de même à 3 km du village, dans un rang éloigné...).
Je fais l'effort de m'habiller en dur. C'est à dire que je troque mon habillement de mou pour... en fait, je ne fais que changer mes pantalons en polar usés à la corde pour des pantalons pas usés.
Et c'est dans une brume à couper au couteau que je pars. Il fait un drôle de temps, +5°C, une petite bruine et une grosse brume. C'est à peine si on voit où on s'en va. Je roule à 30 km/h dans une zone de 90. Personne ne me klaxonne, tout va bien. Tellement personne d'ailleurs, que je me demande si la soirée n'a pas été annulée.
Enfin, à la dernière minute, je vois les lumières du centre paroissial, ainsi qu'une multitude de chars dans le stationnement. J'entre, je mets mon manteau sur un support, sur le porte-manteau à roulettes. Personne que je connais dans les gens arrivés. Comment ça se fait qu'après 35 ans dans le village, je ne connaisse personne?
Le DJ fait jouer de la musique sortie tout droit de «Soirée canadienne». Une vingtaine de jeunes pratiquent la danse en ligne. Celle-ci m'a toujours fascinée. Les danseurs forment un bloc de 4 par 5 (bin oui, puisqu'ils sont vingt) et sautillent au rythme de la musique: deux pas à gauche, deux pas à droite, tous ensemble et soudain hop, tout le monde tourne de 90° vers la droite (ou vers la gauche mais tout le monde dans la même direction). Une fois, il y a des années, je m'étais jointe naïvement aux danseurs, en prenant garde de me mettre à la dernière rangée pour pouvoir suivre les autres et être plus discrète si jamais je me trompais de côté. Naturellement, après 2 pivotements de 90°, je me suis trouvée sur la première ligne sans plus pouvoir copier mes pas sur personne!
Les gens se mettent à affluer. Beaucoup de jeunes gens, moi qui croyais que le village était dévitalisé... Toujours personne que je connais. Je suis en train de me demander si je me suis trompée de village! Qui sait si la brume maléfique au travers de laquelle j'ai conduit ne m'a pas transportée dans l'espace-temps? Je suis bien dans le bon village, puisque je reconnais la salle où j'ai été me chercher de l'eau pendant la panne électrique de cinq jours qui m'a affectée dans le temps de Noël... Mais alors, qui sont tous ces gens? À quelle époque suis-je tombée? La plupart des jeunes ont tellement de trous dans leurs jeans que je regrette d'avoir changé mon pantalon usé, qui aurait quand même eu l'air chic. Les gens continuent à rentrer.
Je commence à trouver qu'il y a beaucoup de monde. Trop de monde. Je suis entourée de plus de gens juste ce soir que je n'en ai vus durant les deux dernières années au complet. Je me mets à me sentir un peu mal. Je vois presque les nuages de covid flotter au-dessus des gens. Bon, j'avoue que ce n'est qu'une rationalisation de mon ochlophobie* galopante. Je regarde l'heure discrètement. J'ai quand même tenu une heure. Satisfaite, je me fraie un chemin vers mon manteau, je l'empoigne et je sors dehors, dans l'air encore brumeux. Bonne année, moi je rentre à la maison!
Finalement, c'était quand même mieux que passer le jour de l'an à Paris sur les Champs-Élysées avec des poivrots qui nous bousculent et nous aspergent de mousseux, puisqu'on n'a pas besoin de prendre un métro bondé pour rentrer. Mais quand même. On est bien mieux chez soi.
* Ochlophobie : peur de la foule
Ne sachant plus quoi inventer pour se démarquer, les compagnies de papier de toilette se sont mises à créer des rouleaux «jumbo». Oui, après les «doux», «doux et épais», «extra-doux», «double épaisseur», «triple épaisseur», «hypoallergène»... voici le «jumbo».
Donc le dernier coup de marketing a été de faire des rouleaux plus gros que nature (en autant que la nature d'un rouleau fut définie par la taille standard des distributeurs de papier de toilette). Cela permet d'écrire sur l'emballage «12 rouleaux = 36 rouleaux». Et l'acheteur enthousiaste va se précipiter, croyant faire une bonne affaire.
Car bien sûr, tout le monde s'entend pour dire que c'est chiant (sans jeu de mot) changer le rouleau sur le distributeur. Qu'à cela ne tienne! Si on fabrique des rouleaux plus gros, on n'aura pas à les changer aussi souvent!
Donc pendant le tiers de la vie du rouleau, on se résigne à faire frotter le papier contre le mur parce que l'espace prévu entre l'axe du distributeur et la paroi n'est pas assez grand. Alors la friction fait séparer les feuilles prématurément et on doit retirer individuellement les trois ou quatre (tout dépendant des besoins du moment) feuilles nécessaires pour ensuite les assembler avec l'épaisseur requise.
Résultat : on a un rouleau qu'on doit écraser et dont les feuilles frottent allègrement contre un mur d'une propreté douteuse.
Je suis tombée, dans un passe-livre,
sur un bouquin de Danielle Steel. Influencée par l’excellente série Discussion avec mes parents et la passion de la mère pour les romans
de Danielle Cuivre, je me suis dit que ça ferait une bonne lecture de chevet.
Le titre est «Loving». Ils ne se
sont pas cassé les couilles pour traduire, mais bon. Mettons «amour»… j’en suis
encore à me demander c’est quoi le rapport avec l’histoire. Et surtout,
pourquoi je l’ai lue jusqu’à la fin!!!
Il s’agit du parcours d’une jeune
fille super riche. L’auteur ne nous laisse pas oublier une minute qu’elle est
riche avec des descriptions lourdingues de sa tenue vestimentaire, de ses bijoux,
etc. Elle vit avec son père, auteur célèbre mais homme très dépensier, et elle
lui sert d’intendante, c'est-à-dire préparer ses réceptions, chose qu’elle
exécute avec une grâce incommensurable et un goût exquis. Ah oui! Ai-je
mentionné que la jeune fille est extrêmement belle, aussi? Peau laiteuse,
cheveux non pas roux mais d’un délicieux auburn, grands yeux émeraude, taille
fine, tous les clichés y passent. Quand elle veut savoir l’heure, elle ne
regarde pas simplement sa montre. Elle regarde sa montre Dior cerclée de
diamants. Ce n’est pas le son de ses pas qui résonnent sur le carrelage, c’est
le son de ses escarpins griffés, d’un vert émeraude assorti à ses yeux.
Donc au début, elle ne fait que ça,
organiser des partys somptueux à la demande de son père. Et être belle. Soudain, son père
meurt. Et ô surprise, il laisse une tonne de dettes derrière lui. La pauvre
Bibi se retrouve sans le sou, presque clocharde, elle doit procéder à la vente des 9 propriétés de
son père un peu partout dans le monde, des 25 voitures de luxe, des tableaux de
valeur… Elle ne réussit à mettre de côté que quelques bijoux et ses effets
personnels.
Elle se retrouve alors dans une misère
abjecte : elle doit déménager, elle et ses 50 maigres valises pleines de
robes du soir d’un goût exquis, dans une chambre d’hôtel miteuse (pas de spa intégré).
Heureusement, le meilleur ami de son
père, très riche, est là pour l’épauler psychologiquement. Car pas question
qu’il l’aide financièrement, elle a tout de même sa fierté. C’est sûr qu’après
qu’elle l’ait épousé (car en plus d’être très riche, cet ami est un beau vieux,
et elle l’aiiiiiime), il est normal qu’elle reprenne la vie pour laquelle elle
est née, une vie à la hauteur de sa beauté et de son goût exquis.
Son rêve est d’écrire une pièce de
théâtre. Pas n’importe laquelle, SA pièce. L’auteur revient là-dessus pendant
des années (où l’héroïne n’écrit rien mais décide de travailler dans le milieu
du théâtre pour mieux s’imprégner du métier). Elle finit par tromper son vieux mari
avec un comédien, qui l’a séduite par tromperie. Car l’héroïne est douce, gentille,
extrêmement belle (je l'ai déjà dit?), et a de très hautes valeurs. C’est pourquoi, par souci d’honnêteté,
elle divorce de son vieux mari avant d'épouser le comédien (qui ne visait qu’à
obtenir un visa US). Mais elle tombe enceinte. Son nouveau mari ne veut pas de
l’enfant. Elle finit par divorcer, faire une fausse couche, et enfin tenter de
se suicider.
Après sa tentative de suicide, elle
ouvre les yeux et se retrouve à l’hôpital devant un médecin (John). Elle
l’épouse. Il s’avère (attention, ici, c’est complexe
psychologiquement!) que John a été séduit par sa beauté, sa fragilité, et la très
très dure vie qu’elle a menée. Oui, le mot «très» est répété deux fois. Ah, la
misère des riches! Il décide de lui faire mener une vie normale. Elle continue
à s’habiller avec goût, mais sans briller, la pauvre. Elle est pourtant subjuguée
par lui, fait tout ce qu’il lui dit de faire, ne fait pas ce qu’il ne veut pas
qu’elle fasse. Il entre dans une colère folle lorsqu’elle lui dit qu’elle aimerait écrire une pièce (SA pièce). Elle tombe enceinte. Elle a un bébé. Elle devient
Madame au Foyer. Après sept ans, elle trouve enfin du temps pour écrire SA
pièce en cachette en se disant que ce sera une surprise pour son mari.
Mais celui-ci, lorsqu’il l’apprend,
entre dans une colère terrible (oui, une autre), divorce et lui abandonne l’enfant. Bibi se alors retrouve
à NY (avec l’enfant) pour monter SA pièce. Car bien sûr, du premier coup, elle
a écrit un chef d’œuvre que les éditeurs s’arrachent. Elle épouse l’éditeur.
Vers le milieu du livre, je me suis
soudain posé la question : mais, serait-ce une parodie et j’ai pris ça au
premier degré??? Pourtant non…
Au bout d’un bonheur d’un an sans taches, son 4e mari meurt. Drame. Elle écrit une seconde pièce de théâtre, qui a autant de succès que la première et même plus. Jeune veuve, elle raconte sa vie à un ancien ami du 4e mari, qu'elle vient de rencontrer. On est rendu à la fin du livre.
Avec une habileté diabolique, Danielle Steel nous laisse imaginer la suite.
Ça donne envie, non?
14e chronique de l’influenceuse
Depuis peu, mon forfait télé m’offre
une chaîne exclusivement réservée aux comédies romantiques, sans que je ne l’aie
demandé ni que je n’aie à la payer. C’est super, parce que j’aime écouter des
comédies romantiques. Oui, oui, je suis une adepte : j’écoute avec plaisir
les comédies romantiques, ce qui ne signifie pas que je considère que le couple
est une forme de vie désirable.
Doit-on croire à la magie pour lire
Harry Potter? N’y a-t-il que les catholiques convaincus qui regardent «Les
anges du bonheur?» Faut-il croire au Père Noël pour avoir du plaisir à recevoir
un cadeau? Et les contes de fées? Et la science-fiction? Bon, alors laissez-moi
tranquille, faut pas faire chier mémé. Et oser avouer que j’aime les comédies
romantiques me donne tout de même de la crédibilité quand je dis que je déteste
la téléréalité. Si je suis capable d’assumer l’un, je serais capable d’assumer
l’autre.
J’avais déjà un peu parlé ici des
comédies romantiques à saveur de Noël . J’y avais analysé des
incohérences et quelques points communs qui font d’un film de Noël la quétainerie
suprême. Attardons-nous maintenant sur l’aspect purement «romantique» des comédies cucul.
Il y a la scène classique de la
pâtisserie : l’héroïne fait une tarte (ou un gâteau), et elle a de la
farine sur le nez. Vu que c’est mignon (ce qui est un mot-clé dans toute bonne comédie sentimentale qui se respecte), le héros va le lui essuyer puis s’en
suivra une bataille de farine où les protagonistes rient aux éclats. C’est
l’équivalent d’été de la fameuse bataille de boules de neige des films de Noël
(où les protagonistes rient aussi aux éclats).
Voici un autre classique : au début
du film, l’héroïne est déjà fiancée. Il est plutôt bel homme, pour égarer les soupçons
de l’auditrice moyenne. Mais l’auditrice experte (que je me targue d’être)
connait les canevas habituels, et sait que le fiancé du début est rarement le même que le marié
de la fin. Je vous donne un indice : il ne rit jamais aux éclats avec l’héroïne.
Et peu à peu, dans le film, le fiancé initial fait preuve de mépris, ou simplement
d’indifférence. Il ne correspond plus à l’Idéal Chevaleresque que le film
romantique veut projeter. C’est le moment où l’auditrice moyenne se demande ce
qu’il fait là et commence à douter du bien fondé du concept de mariage.
Mon moment préféré dans les comédies
romantiques est justement lorsque l’héroïne largue son fiancé initial. Celui-ci, s’il est
quand même un peu gentil, se trouve rapidement une autre fille plus adaptée à
son caractère, et s’il est chiant, on se régale de son incompréhension et de sa
déconfiture. C’est jouissif. Pendant ce temps, l’héroïne s’est trouvé un autre
homme, alors l’auditrice moyenne, un moment déboussolée, est rassurée, car l’héroïne
ne finira pas dans la… SOLITUDE MAUDITE!!! Non! Elle ne saute pas dans le vide
abyssal du célibat, elle ne fait que passer d’un fiancé à un autre, assez
rapidement. Ouf, elle est sauvée par le nouveau fiancé qui apparait de nulle
part et qui lui convient parfaitement, même (et surtout) si, au début, leur
relation n’était pas de tout repos.
Au passage, la meilleure amie de l’héroïne
se trouve aussi un tchum. C’est un bonus. Pour montrer que l’amour est
universel. Et inclusif, puisque souvent la meilleure amie est noire. Ou
asiatique. Ou handicapée. (Tout sauf lesbienne, on n'en est pas encore là dans l'inclusion semble-t-il). L’honneur est sauf et le bonheur de tous est alors assuré, sauf celui du
fiancé initial. S’il était vraiment vilain, il n’aura eu que ce qu’il mérite :
la terrrrrrible solitude.
Le chanceux.
(ou… Je vais en Ville!)
Car le solitaire s’accommode très
bien de la pandémie, à condition de ne pas attraper le Covid, bien sûr. Durant
des années, le mois de janvier était pour moi sujet à quelques craintes. Cela
signifiait la rentrée au bureau pour la première fois de l’année, donc j’avais «droit»
aux souhaits de bonne année que je m’efforçais de rendre du mieux que je
pouvais, ainsi qu'aux bisous traditionnels de collègues de bonne volonté. On
finit par s’adapter, au fil des ans, on se dit que ce n’est qu’un mauvais
moment à passer, on se soumet passivement aux effusions annuelles. Mais on a hâte au 23 janvier, là où tout le monde y a passé. Ou bien
oublie qu’on y a échappé.
Étant en semi-retraite, il se trouve
que je ne travaille pas ces temps-ci. Je fais donc ce que j’ai toujours fait
dans mes périodes d’inactivité, pandémie ou pas : je m’enterre dans ma
bulle, bulle qui s’étend dans un rayon de 750 mètres autour de ma maison (sauf
pour ce voisin qui est venu récemment s’installer à 125 mètres de chez
moi, mais heureusement, il ne sort pas souvent de chez lui). Escortée de ma
meute de chien féroce (Peluche, viens mon toutou!), je parcours mon territoire
jalousement. Telle une impératrice, je salue de la main, avec toute la superbe
que je peux arborer, ceux qui passent en auto dans mon rang; ceux qui
habitent encore plus creux que moi. Ou les livreurs. Ou le camion de poubelles.
Je ne suis pas élitiste.
Mais enfin, puisqu’il faut bien
manger, je me suis décidée à aller en ville. Amie-qui-me-connait-bien, à qui
j’ai envoyé un courriel pour lui dire, m’a répondu «À -24°C? Tu es
courageuse!». Ah merde, que je me suis dit, j’ai raté une autre bonne occasion
de procrastiner. Mais puisque j’étais déjà sur ma lancée (quel dommage), j'y suis allée. Et aussi parce que j’étais un peu tannée de manger du spag.
Est-ce parce que ça faisait
longtemps que je n’avais pas vu personne? Il m’a semblé que tous ceux que j’ai
rencontrés (vendeurs, autres clients, collègues, passants dans la rue)
étaient très avenants. Peut être aussi que le port du masque oblige à exagérer
les marques d’amabilité: puisqu’on ne peut voir, au travers du masque, un
sourire poli, il faut sourire des yeux et en plus verbaliser les politesses
«Mais je vous en prie…», «Passez une bonne journée…» etc. L’amabilité étant
contagieuse, nous obtenons, dans notre petite ville, un environnement civil et raffiné
où il fait bon vivre en société… C’est sûr qu’on n’est pas à Ottawa, par
contre.
Finalement, les autres ne sont pas si pires que ça. À petite dose. Je suis rentrée
chez moi avec assez d’épicerie pour tenir jusqu’à la fonte des neiges.
12e chronique de l'influenceuse
(La revanche des tu-seuls)
N’oublions pas que mon créneau
d’influenceuse est la solitude. Alors pour tous mes gentils détracteurs qui se
sentent obligés de défendre leur position de couple, de sociétaires, de
grégaires, il me fait plaisir de recevoir vos doléances et vos arguments
pitoyables. Pour une fois, vous vous trouvez dans la situation habituelle des
solitaires, qui se sentent attaqués dans leur identité, incompris, et qui
finissent par adopter, de guerre lasse, le point de vue de la majorité qui leur
matraque sans arrêt combien ils sont malheureux… Ou s’ils sont heureux, c’est
qu’ils font semblant.
Car tout converge de façon à ce
qu’on se sente triste lorsqu’on est seul. Je parle d’être seul en général. À
force de se faire marteler (que ce soit par les chansons à la radio, par les
comédies romantiques qui «finissent bien», ou par notre entourage «bienveillant»)
qu’on doit éviter la solitude à tout prix, une angoisse se forme dès qu’on se
retrouve seul. Par la contagion de la phobie collective, on se sent obligé de se sentir misérable.
Virons ça à l’envers. Dans un monde
d’ermites, un petit troupeau de grégaires existe. Ils se font naturellement
harceler :
Il y a les gens qui ne comprennent
pas le choix (si c'est bien un choix) de ce troupeau :
Ils se font déclarer, d’un air
sentencieux :
Pour donner de l’espoir à ces
pauvres grégaires :
Et, pour inciter ces personnes à se
conformer à la norme :
Mais on vit en société. Je suis du
mauvais côté de la barrière…
11e chronique de l’influenceuse
Messieurs, s’il y a quelque chose de
plus pénible que de réfléchir à un cadeau de Saint-Valentin et de le préparer,
c’est d’attendre que son tchum arrive avec un cadeau de Saint-Valentin. Que ce
soit une sortie dans un resto bondé (bin oui, toé, le 14 février) ou bien un
bouquet de roses (ou du moins ce qui reste chez les fleuristes, un 14 février),
ou du chocolat en forme de cœur emballé dans du papier alu rouge (qui sera en
spécial chez Jean Croûteux, la pharmacie où on trouve de tout même un ami, à
partir du 15 février), tous les médias s’assurent que personne n’oublie la date
fatidique.
Eh oui, la tradition exige encore que
ce soit le monsieur qui offre un cadeau à la madame. Cette fête perpétue, sous
couvert de romantisme et d’amour, l’idée de l’homme pourvoyeur de bonheur et de
la femme qui attend passivement. Les attentes sont telles que même si le couple
a décidé d’un commun accord de ne rien faire, la femme se sentira vaguement
déçue et l’homme vaguement coupable.
Le pire est que cette fête revient
tous les ans. Si, une année, une Saint-Valentin a été fêtée de façon
extraordinaire, on ne pourra faire moins l’année suivante sous peine de penser
que le couple bat de l’aile. Et quand on pense qu’il pourrait y avoir 70
Saint-Valentins dans la vie d’un couple (oui, l’enfer, c’est long!), on a
intérêt à commencer doucement.
La célibataire, elle, ne s’attend à
rien. Elle regarde passer les pubs avec un ricanement intérieur. Pour peu que
personne ne vienne lui remettre à la figure son statut de «pauvre solitaire qui
doit tellement être malheureuse un 14 février», quand on y pense, elle est certainement
beaucoup plus sereine que celle qui se demande si l’amoureux va y penser, s’il
va faire mieux que l’an dernier, ou comment elle devrait interpréter le cadeau
ou la surprise.
Pour la célibataire qui aime le
chocolat aux cerises, il sera en spécial dès le lendemain chez Jean Croûteux, là où on
trouve de tout sauf, dieu merci, un amant.
On n’est jamais si bien servi que
par soi-même.
10e chronique de l’influenceuse
J'ai reçu une pub provenant d’une pharmacie (je parle ici de ces pharmacies québécoises où on trouve de tout, même un ami), avec, en gros titre «Cet hiver, prenez soin de vous». Ooooh, quelle bonne idée! J’ai tout de suite pensé à quelque chose de douillet dans lequel me vautrer, qui va augmenter mon degré de confort… Je me voyais en pyjama, tasse de chocolat chaud à la main, soignant un rhume éventuel avec un cachet de vitamine C… Alléchée par la perspective, je me suis empressée d’ouvrir ce courriel…
… pour m’apercevoir qu’on me conseille un rouge à lèvres qui va me donner des lèvres pulpeuses ou bien des faux-cils révolutionnaires qui tiennent magnétiquement (je n’invente rien!) et qui vont me donner l’impression d’avoir des araignées autour des yeux. Quelle déception. Prendre soin de soi, ou de son apparence? On a encore bien du chemin à faire…
Je vote pour le laisser-aller. Mais la personne qui se «laisse aller» suscite de la pitié. «Elle qui prenait tellement soin d’elle, qui était toujours tirée à quatre épingles, voilà maintenant qu’elle sort sans même se maquiller. La déchéance». La société imagine ainsi, avec tristesse, ce qui se passe dans la tête d’une personne qui se laisse aller… elle vieillit… elle a lâché prise sur la vie…
Et si c’était le contraire? Arrêtons de ne voir que l’extérieur, entrons à l’intérieur : oui, le corps exulte! On pense à soi, dans le vrai sens du terme. Maquillage? Talons hauts? Pffft! Ce qui se passe dans notre tête, pour vrai? Tout simplement qu’on s’en fout!
Et nous pouvons enfin chanter à pleins poumons : libérééééée, délivrééééée…
Mais pourquoi les compagnies de produits de beauté ne se précipitent-elles pas pour me commanditer? Je dois avouer que ma préférée reste la fameuse crème miracle, celle-là :
9e chronique de l’influenceuse
Puisque la solitude est souvent
associée au célibat, je crois que le moment est venu de parler du couple.
Le couple : LE grand sujet de
la solitude, que j’ai diplomatiquement évité dans mes précédentes chroniques,
parce que notre société a érigé l’Amour comme valeur suprême. Si je n’avais pas
soigneusement préparé le terrain, je me serais fait blaster dans les commentaires (et j’aurais perdu mes commanditaires
de rouge à lèvres).
Loin de moi l’intention de faire
divorcer tous mes fans mariés, si vous êtes heureux, ou que vous en êtes
persuadés, tant mieux pour vous. Je m’adresse surtout aux tu-seuls qui se font
culpabiliser sans arrêt (pis, quand
est-ce que tu te trouves un tchum/une blonde?) et qui se sentent obligés de
faire semblant de faire semblant de s’en foutre (attention, c’est du 3e degré!). Autrement dit, ils s’en
foutent réellement dans le fond de leur être, mais ils doivent se conformer à
ce qui est attendu d’eux : avoir l’air de se forcer à faire bonne figure,
comme on le voit dans les comédies romantiques, au début du film. L’héroïne
prétend être trop occupée pour se trouver un mec, mais tous les autres
comédiens (et l’audience) savent ce
qui est bon pour elle, c’est-à-dire se trouver un mec. Je reviendrai sur le
sujet des comédies romantiques, j’en ai beaucoup à dire sur le sujet aussi.
Bref, être en couple combine tous
les désavantages de la solitude (il n'y en a pas beaucoup), sans aucun des avantages (et dieu sait qu'il y en a!).
Il est tellement admis que le couple
est l’idéal auquel il faut aspirer (un peu comme la maternité pour les femmes,
mais ceci est une autre question qui devra faire l’objet d’une chronique en
elle-même, je suis intarissable sur le sujet, en fait je suis intarissable sur
tous les sujets), que personne ne nous croit quand on dit qu’on est célibataire
par choix.
Un vieux garçon, à la rigueur, ça
passe. Un clin d’œil salace permet de convaincre l’interlocuteur qu’il a une
vie «bien remplie». Et ici, le «bien remplie» est accompagné du geste
ostensible de guillemets avec les doigts qui signifie «Je fourre tout le
temps». Et les gens lui foutent la paix.
La célibataire, par contre, a doit à
tous les arguments pour la convaincre qu’elle est malheureuse.
Et lorsque la St-Valentin arrive,
tous les médias (ainsi que la circulaire Jean Coutu) sont là pour rappeler que
ce n’est pas normal d’être tout seul. Impossible de trouver du chocolat sans qu’il
soit emballé de rouge et en forme de cœur.
Et pourtant… On connait tous un
couple solide, amoureux, ensemble depuis longtemps, qui transpire l’harmonie et
la guimauve… On se dit que c’est notre modèle, que c’est l’archétype du bonheur
conjugal. C’est LE couple qui nous donne espoir, qui nous fait croire en l’Amour…
et combien de fois n’avons-nous pas été ébranlé par la soudaine réalisation que
tout n’est pas rose dans ce couple qu’on considère «idéal»?
Ce qui vient brouiller les cartes, c’est
qu’il est admis que pour être normal, il faut avoir une vie sexuelle «saine».
Saine dans le sens qu’il faut fourrer, mettons, une fois par semaine minimum.
Mais les hormones, ce n’est pas tout dans la vie. Il y a aussi la criss de
paix. Quand on est célibataire, qui vient nous déranger le matin quand on n’a
pas envie de parler/baiser/se réveiller? Avouez, moitiés de couple, que très
souvent vous avez envie de dire «Oh, mais décolle!» mais que vous retenez votre
réplique agacée parce que… vous êtes en couple.
Comme célibataire, on n’a de
compromis à faire qu’avec soi-même. C’est ça, le comble du luxe!
8e chronique de l’influenceuse
Avant de parler du couple comme tel,
inspirons-nous de Sex and the City pour parler du vif débat qui fait rage (oui, encore de nos jours même si
la série est terminée depuis longtemps) entre les tenants d’Aidan et ceux de Mister
Big (les deux prétendants très différents de Carrie, l’un des personnages principaux).
Non, je n’ai jamais écouté la série Sex and the City. Peut-être que
vous non plus. Disons que c’était une série qui se voulait féministe, hyper
populaire chez nos voisins du sud, qui mettait en scène quatre trentenaires
célibataires au début des années 2000, à New-York.
On va encore dire que je parle de ce
que je ne connais pas, c’est vrai, mais cette fois, je ne me cache pas que je
vais parler de ce dont j’ai entendu parler. La femme qui vu la femme qui a vu
l’ourse. Je ne parlerai donc pas de la série, mais d’un point bien précis.
Comment en suis-je arrivée à être une telle sommité en matière de sexe et de
cité? Grâce à India Desjardins .
Dans son livre Mister Big, India Desjardins cite Michael Patrick King (le producteur, réalisateur et/ou
scénariste de la dite série, que je n’ai pas écoutée) qui disait, en entrevue
«If I talk to a woman for more than five minutes I can telle you exactly
whether she’s a Aidan girl or a Mr Big girl. Aidans girls are more interested in nurturing
relationships and building a nest, while Mr Big girls are more about show and
having fun» (Cliquez pour avoir la version complète de l'entrevue).
India Desjardins donne deux raisons pour lesquelles cette citation la dérange : premièrement parce que le monsieur catégorise les femmes en cinq minutes selon le type d’hommes qui leur plait, et deuxièmement à cause du fait qu’il leur accole une étiquette du nom d’un personnage masculin.
Je peux ajouter plein d’autres raisons pour lesquelles la citation me dérange : déjà, se permettre de catégoriser les femmes (sous-entendu toutes les femmes), c’est d’une prétention sans bornes. Ensuite, de prétendre pouvoir le faire en l’espace de cinq minutes, ça dépasse l’entendement. Même chose pour tous les êtres humains, fussent-ils hommes, d’ailleurs. Au-delà du libellé des étiquettes, il y a le nombre d’étiquettes. Il y en a deux. Deux routes à prendre. Rien entre les deux. Mais encore au-delà du nom, au-delà du nombre, c’est le choix des étiquettes qui me dérange : la sécurité ou le fun (par «fun» entendez «sexe»). La dichotomie de la maman et la putain. On n’est pas sorties du bois.
Bref, tout me dérange dans les trois lignes citées. Je ne prendrai pas la peine de commenter toute l’entrevue, je risque de péter ma fuse et de perdre le fil de mon mandat d’influenceuse.
Donc, bien que n’ayant visionné ni la série ni les deux films qui ont suivi, grâce à l’essai de Madame Desjardins, j’ai compris que la seule option de Carrie (un des personnages centraux) est de décider avec qui elle va finir (notez que le terme «finir» n’a pas été choisi au hasard).
Le débat entre Aidan et Mister Big se résume en réalité à : «Veux-tu une relation plate ou une relation toxique ?» Ne serait-ce pas un faux débat ? N’y a-t-il pas d’autres modèles de relation ? Mais… plus important encore, il faudrait s’interroger en premier à «Veux-tu une relation ?», tout simplement.
Et si la réponse était «Non merci» ?
(Vu la popularité de la série, j’ai fait
exprès de mettre un titre putaclic pour attirer plus de lecteurs.)
7e chronique de l’influenceuse
Si on est seul, mais vraiment seul,
c'est-à-dire qu’on ne prévoit ni sortir ni recevoir (ces jours bénis!),
s’habiller prend sa plus simple expression. Non, on ne reste pas en pyjama
toute la journée, bien que ce soit tentant. Sinon, on perd le plaisir de se
glisser, le soir venu, dans notre pyjama, le vrai, celui avec des nounours blancs
imprimés sur fond rose bonbon.
On doit donc impérativement s’habiller,
c'est-à-dire mettre son pyjama de jour. Mou, chaud, confortable. Qui est là pour
nous juger? Et d’ailleurs, nous juger sur quelle base?
Méfions-nous des premières
impressions qu’on veut donner, au bureau ou ailleurs. Trop de préparation crée
des attentes irréalistes. Il est important, lorsqu’on arrive dans un nouveau
milieu, de se faire sa propre niche. Arriver maquillée, talon-hautée et
petit-tailleurée le premier jour peut certes impressionner l’entourage, mais
cela oblige à rester chaque jour à la hauteur. On devient captif de l’image
projetée.
Une collègue de bureau (maquillée,
talon-hautée et petit-tailleurée depuis vingt ans) m’a déjà dit, me regardant
avec envie : «Tu es chanceuse, toi, tu peux t’habiller confortable». S’il
n’y avait pas eu ce regard visiblement envieux, ça aurait pu être un
complimarde. Mais elle était si ouvertement admirative que je me suis rengorgée
intérieurement, tout en lui donnant ce conseil paternaliste «Mais qu’est-ce que
t’empêche de faire pareil?» C’est là qu’elle m’a dévoilé que, prisonnière de
son image, personne ne comprendrait que du jour au lendemain elle se mette à porter
running-chous, leggings et coton ouaté. Quant à moi, puisque dès le premier
jour on m’avait classée dans les guenillous, j’ai pu me vautrer en toute
quiétude dans les délices du mou et du confortable.
On devient tous prisonniers d’une
image. Il faut simplement choisir soigneusement notre prison.
Oui, pour l’instant, je parle de
cuisine, de ménage, de vêtements. Des petites choses superficielles
de la vie qui ne révolutionnent pas le monde. Mais ce sera pour mieux, un peu
plus tard, frapper un grand coup et dévoiler à la face du monde l’immense
complot des grégaires. Quand je rentrerai dans votre intimité profonde et que
je remettrai en question votre couple, ça va faire mal!
Mais pourquoi les grandes marques de
la mode ne se précipitent-elles pas pour me commanditer???
6e chronique de l’influenceuse
Ne nous le cachons pas :
cuisiner est une corvée. Sauf quand on va manger ce qu’on a préparé, ce qui est
généralement le cas lorsqu’on est seul.
La solitude permet de petites
fantaisies, telles se faire un hot-dog à Noël, manger un bol de céréales pour
souper, mettre du basilic dans sa salade de tomates même si un Chéri éventuel
n’aime pas le basilic… Il est possible de manger devant la télé, ou en
complétant sa grille de futoshiki, ou en lisant… Pas besoin de faire la
conversation.
Est-ce que la personne seule mange
toujours la même chose? Ce qui est merveilleux dans cet aspect de la question
est que la réponse est : si elle veut!
Est-on obligé de faire de toutes
petites portions, multipliant ainsi la corvée de cuisine? Non! Car le
congélateur est le meilleur ami de la personne solitaire. Avec cet appareil,
rien n’empêche d’acheter des cuisses de poulet en spécial en format familial et
d’en congeler par paquet de 2 ou 3 dans des sacs de plastique (les poches de lait font des sacs de congélation parfaits). Le même raisonnement s’applique
pour les paquets de steak haché en spécial format familial. Vingt boulettes
préparées d’avance avec le gugusse en cylindre pour taper des boulettes de
steak haché toutes égales et les mettre au congélateur, steak encore à
l’intérieur, pas capable de l’enlever, légèrement abimé parce que colissé sur
le mur (Pérusse, sors de ce corps!) nous permettent vingt repas à des dates
choisies. Si on veut manger du hamburger 3 jours de suite, libre à nous. Sinon,
on dégèle boulette par boulette, selon l’inspiration du moment.
Le net regorge de sites avec des recettes faciles pour célibataires, des sites pour que les nuls en cuisine puissent aussi manger d’une façon gastronome. J’en donne pour exemple le très couru poêle au nez qui est, avouons-le, mon propre blogue de cuisine (si personne ne se précipite pour me commanditer, je peux bien me commanditer moi-même).
En fait, le seul désavantage que je
vois à manger tout seul, c’est qu’il n’y a personne pour dire «Ooooh c’est don
bin beauuuuuu… Ça a don bin l’air boooooooon… Oussé que t’as pris tes belles ptites
napkiiiins…». Et pour y remédier, il semble que plusieurs personnes ont trouvé
la solution en postant leur repas sur les réseaux sociaux. Pourquoi pas? J’ai
bien posté mon hot dog de Noël, moi…
Avec toutes mes superbes chroniques,
pourquoi Ricardo (au Québec) ou le Chef Simon (en France) ne se précipitent-ils pas
pour me commanditer??? Ou même Mercotte, pourquoi pas? (quoique je n’ai
pas à me plaindre, je suis référencée ici par la Grande Mercotte en personne!)
5e chronique de l’influenceuse
(Quand les autres te disent ce que tu ressens...)
La solitude est associée à être
malheureux. À un tel point, que ceux qui sont malheureux sans être solitaires se sentent obligés de «tricher» et associer leur malheur à de la solitude. Ils prétendent alors qu'ils sont «seuls dans la foule» ou qu'ils vivent une «solitude à
deux»… Comme si la grégarité était un gage de bonheur. Quelqu’un, quelque part,
a décrété que l’homme est un animal social. Toute dérogation à cette règle est
une hérésie.
Les arguments ne manquent pas de la
part des fidèles chiens de berger qui se donnent pour mission de rentrer tout
le monde dans le troupeau :
Et voilà! À court d’arguments, les
interlocuteurs tentent de convaincre la personne seule qu’elle n’est PAS
heureuse. Au besoin, ils tordent la définition du bonheur pour qu’elle corresponde
à la situation convenue dans la société et affirment sans équivoque à la
personne seule qu’elle vit un drame, ce qui oblige les solitaires à fournir le fardeau de la preuve du contraire.
Sauf que les solitaires, par définition, n'en ont rien à foutre de l'opinion des autres. Ce qui renforce l'opinion générale que la solitude, c'est triste. Moi, je me dévoue pour les autres, je suis l'influenceuse qui va réunir tous les solitaires du monde.
C'est juste dommage que les solitaires n'en ont rien à foutre d'être réunis...