mercredi 8 décembre 2004

Contes des bécosses : le mystère des pipi-o-matic (aussi appelées « sanisettes »)

Il y a quelques années, dans les sombres ruelles de certaines régions obscures de la France, ainsi que dans Paris, des éléments étranges sont apparus, dont la fonction semblait au départ de permettre de soulager les besoins naturels des Français. Il s’ensuivit bientôt que ces cylindres ovoïdes entrèrent dans les mœurs des indigènes : ceux-ci les ignoraient, comme on ignore une verrue tenace dans le visage.


Au début, quelques braves, poussés par une envie naturelle, en firent la visite. Ils racontèrent leurs observations et, de bouche à oreille, comme un mythe que l’on se chuchote les soirs de tempête, elles parvinrent jusqu’à nous. Le fonctionnement de ces engins devrait être tout ce qu’il y a de plus rassurant au départ puisqu’il est inspiré de la Technologie : après le passage de l’usager, un mécanisme permet de nettoyer l’habitacle.

Dans un des premiers récits que j’ai entendus, la procédure est la suivante : la personne met quelques francs dans la fente, la porte s’ouvre automatiquement, la personne entre, la porte se ferme automatiquement, la personne se soulage, puis elle tire la chasse, et enfin la porte s’ouvre automatiquement. La personne sort. Alors commence le cycle de stérilisation : la porte se referme (automatiquement, on l'aura deviné), la cabine entière se renverse et passe dans la seconde moitié de l’espace oblong. De puissants jets de produits chimiques sont alors envoyés dans toutes les directions pour assurer une désinfection totale. La cabine se remet en place, prête pour une autre utilisation.

En théorie, tout va bien. On offre à chaque utilisateur la conviction qu’il sera le premier à poser les cellules et bactéries de ses fesses sur le siège. Il peut même se rassurer que s’il prenait la fantaisie à quelqu’un de poser ses parties intimes au plafond, il n’y subsisterait pas un microbe pour témoigner de son geste.

Mais comment les Français, pourtant économes sur l’eau, ont-ils pu introduire chez eux, pour une somme si modique, un engin qui débite des litres et des litres d’eau et de produits divers?

Pour le touriste qui visite ces régions, ces machines infernales restent aussi cabalistiques que les pyramides de Kheops. S’il tente de recueillir des informations auprès des autochtones, ceux-ci, sans pourtant fréquenter ces lieux, semblent étonnés de l’intérêt porté à ces choses.

Et pourtant...

Des légendes modernes racontent qu’un jeune garçon, ayant tardé à sortir lors de l’ouverture de la porte, est resté pris à l’intérieur pendant le cycle de rinçage... L’histoire ne dit pas s’il en est sorti indemne mais l’on imagine avec horreur le pauvre petit ballotté comme un fétu de paille au travers des jets corrosifs et de ses propres excréments...

Une autre légende affirme qu’au cœur de Paris, une dame ayant témérairement utilisé ces engins eut le malheur de tirer la chasse avant de s’assurer que la décence lui permettait de sortir. Elle ignorait que le programme d’opération faisait ouvrir la porte dès que la chasse était tirée! Elle s’est faite pogner les culottes baissées, comme on dit…

Mais tout cela n’est pas vérifiable. Pareille incertitude exige une enquête approfondie. Ne disposant pas de la témérité nécessaire pour tenter l’expérience personnellement, j’ai dû recourir à l’interview.

Quelques-unes des personnes interrogées se souviennent qu’autrefois, dans le temps des Francs (je ne veux pas dire dans le temps de Dagobert 1er, mais le temps de l’avant-Euro), elles ont visité le Lieu Maudit. Toutes disaient qu’il n’y avait rien là de bien mystérieux, mais je voyais bien, moi, sous leur air nonchalant, l’héroïsme teinté de modestie qui les animait. La preuve, ces personnes n’y sont jamais retournées.

Un jour, peut-être, j’aurai le courage (ou l’envie de pisser) nécessaire à l’exploration de ces dispositifs étranges venus d’ailleurs Si je m’en sors vivante, je vous raconterai l’Aventure.

En attendant, j’invite les lecteurs à témoigner.

5 commentaires:

noway oneway a dit...

Malheureuse, ne va pas dans ce truc dédié au pissou-caca des femmes et au caca des hommes !!!

C'est un lieu que son mystère pare d'un attrait bien spécial mais O combien dangereux !

Je n'ai jamais vu personne en ressortir !




(quoi ? il fallait préciser obligatoirement que j'avais vu quelqu'un y entrer ?)

laurentdebx a dit...

Moi qui pensait être un peu trop scatologique dans mes articles, mes crupules sont certainement restés enfermé au moment du fameux rinçage, car ma conscience est maintenant aussi blanche que la neige foulée par le carribou en hiver.

coyote des neiges a dit...

Quand on sait que même les caribous chient sur la neige...

laurentdebx a dit...

Installons des pipi-o-tomatic pour caribou et la neige restera immaculée

coyote des neiges a dit...

Pour l'instant, pensons à des caca-o-matic pour les chiens, à installer dans Paris-la-merveilleuse!