La quête semble simple : ramasser de l'eau d'une source, le matin de Pâques, avant le lever du soleil.
J'ai une source pas loin de chez moi. Enfin, un ruisseau qui passe, à 700 mètres.

Sauf qu'en hiver, les choses se compliquent un peu. Surtout dans le noir...
Bref, il me faut préparer mon équipée soigneusement.
Premièrement, je choisis l'autre côté du ruisseau, moins à découvert, où je suis moins susceptible de recevoir un coup de fusil du voisin en colère.

La tâche n'est pas facile en hiver...
Mais, après tout, ça pourrait être pire... Il y a quelques jours, j'aurais dû creuser avec une baguette de sourcier pour localiser le ruisseau.
La veille, je vais déjà «préparer le terrain», littéralement. Je piétine soigneusement un petit chemin pour pouvoir me rendre, dans le noir, au ruisseau. Aidée par les chiens, bien sûr!
Je me trouve un bâton de pèlerin, pour tâter le fond de la neige et éviter de tomber dans le ruisseau...
Je prépare d'avance mon équipement : un gobelet attaché à une corde, qui me permettra de ramasser l'eau sans avoir à me pencher et planter la face la première dans le ruisseau glacé. L'ouverture étant vers la poignée, lorsque la tasse sera couchée au fond du ruisseau, l'eau pourra s'y engouffrer. Lors de la remontée du contenant, poignée et ouverture vers le haut, l'eau restera prisonnière à l'intérieur. RUSE!!!
Le soleil se lève, en ce matin de Pâques, à 05h57. Pour que l'eau de Pâques ait des vertus divines, je dois la ramasser avant le lever du soleil. Mon horaire est soigneusement calculé :
05h10 : le cadran sonne!
05h15 : je suis dehors, en route.
05h25 : j'arrive au ruisseau.
05h35 : mission accomplie, je pourrai rentrer.
05h45 : je rentrerai à la maison, victorieuse, pour boire mon café et composer mon blogue.
(Le soleil ne sera pas encore levé, Dieu sera content.)
10h00 : je regarderai «La mélodie du bonheur» qui passe à la télé.
Tout se passe comme prévu.
Je sors dans le matin glauque...
Je chemine, solitaire, dans l'immensité neigeuse, affrontant le vent, le froid et les bêtes sauvages, pour la plus Grande Gloire de Notre Seigneur... et pour mon blogue!
Arrivée sur place, je retrouve facilement mon petit chemin...
Et mon bâton de pèlerin...
Au niveau du ruisseau, je jette ma ligne à l'eau.
Ma ruse a l'air de fonctionner! (Pourvu que Dieu ne s'aperçoive pas que je triche!!!)
Ouiiiii! J'ai un peu d'eau au fond de ma tasse!!!
Je m'en contente, et je décide de rentrer, la précieuse tasse à la main, tous mes péchés pardonnés, avec un sourire exalté d'illuminée fanatique!
Et dans toute cette équipée, je n'ai rencontré personne! Dommage... je me voyais bien, guidant héroïquement une colonne de pécheurs désemparés avec mon bâton de pèlerin, au travers de cette montagne de neige insurmontable... pour juste 5$ chacun!
Non mais quand on y pense, c'est scandaleux! Quelle gang d'impies et de mécréants, au village, s'il n'y a que moi pour se lever avant l'aube pour aller chercher de l'eau de Pâques!!! Les traditions se perdent!
